AUTONOMIE DES ETABLISSEMENTS ET PRISE EN COMPTE DES COMPORTEMENTS HUMAINS EN DIX POINTS.
vendredi 4 septembre 2009 par Claude Lasseigne
L’autonomie des établissements et le pilotage « fort » qui doit en découler nécessairement pour mettre en place, assurer et maintenir cette autonomie demande une réflexion propre à la prise en compte du « facteur humain » trop souvent délaissé.
Considérons quelques points qui pourraient constituer des leviers d’action et de fonctionnement.
1. Dégager une priorité :
Dans un monde qui a tendance à se « déshumaniser », une des priorités serait de remettre l’« humain » au cÅ“ur du système et de retisser du lien, du sens, du désir….pour à nouveau se retrouver sur des notions effectives de valeur, d’épanouissement, propices au développement personnel, à l’estime de soi et à la réalisation de toute personne dans le cadre dans lequel elle vit.
Bien des souffrances individuelles seraient ainsi épargnées et plus de compétences pourraient se développer sur des bases réelles de confiance et de respect.
2. Dépasser les réactions premières :
La plupart des réactions premières que nous enregistrons face aux changements et aux propositions de changements sont, malheureusement, plus teintées d’agressivité, et de conduites d’oppositions, que d’ouverture et d’écoute.
Cela est sans doute du, pour une grande part, au fait que bien souvent les personnels ne sont pas, ou trop peu, associés aux réflexions initiales qui vont appeler ces changements.
Nous ne pouvons sciemment appréhender cette notion d’« autonomie des établissements » sans réfléchir à cet aspect qui en découle, qui touche directement les personnes et, aux conséquences que cela implique sur la façon même de piloter, de diriger et/ou d’accompagner l’évolution inéluctable du Système Educatif Public.
3. S’efforcer de répondre aux besoins :
En effet, le Système Educatif ne peut faire l’impasse sur la demande qui est posée à l’Ecole dans un contexte très différent de celui qui existait au siècle dernier et qui a modelé ses structures pour répondre à des besoins spécifiques et particuliers qui ne sont plus adaptés. Aujourd’hui, ces besoins ne peuvent donc plus être les mêmes, et ne sont plus les mêmes, car les avancées et les changements sont l’apanage de la vie et de l’adaptation de l’homme, plus ou moins réussie, aux transformations inhérentes à ce processus temporel auquel nous ne pouvons échapper.
Dès lors, devons-nous réfléchir au rôle de l’Ecole dans la société :
« Quelle école pour quelle société ? »
Ou à la transformation de la société et à l’école qu’elle devrait avoir :
« Quelle société et quelle école ? »
4. Surmonter la démarche systématique prônant la « réforme » :
Ce type de questionnement que nous venons d’aborder n’est pas anodin car il contient en lui-même un aspect récurrent lié à la notion de réforme, obsession, plus ou moins consciente, de tout politique qui accède au pouvoir. La mise en place d’une réforme par les « politiques » ne répond habituellement qu’à une demande de leur électorat et aux intérêts de ceux qui ont facilité leur accès au pouvoir ou à un besoin inexorable de marquer leur passage dans les lieux de décisions.
L’ « homme n’est qu’homme » mais s’il n’est qu’homme, il est avant tout « homme » ; il éprouve fort naturellement le sentiment d’exister à travers des réalisations ou des oppositions et, de se démarquer en cela des autres hommes. Ainsi est la nature humaine ; si nous pointons une de ses faiblesses, nous mettons également l’accent sur ce qui peut constituer sa force !
Les réformes du Système Educatif telles qu’elles sont entreprises depuis des décennies sont donc, de mon point de vue, impossibles, car elles cristallisent les tensions, favorisent les oppositions de tous bords. Lesdites oppositions qui en profitent pour donner le sentiment d’une unité dans une parfaite « désunion » ; c’est pourquoi je privilégierai plutôt la notion d’ « accompagnement » aux démarches « spécifiques », « innovantes », « inventives », « originales »â€¦ qui prennent en compte la réelle spécificité des établissements (structure, population concernée, environnement, potentiel en présence….).
La prise en compte de la complexité à laquelle nous nous confrontons chaque jour davantage, et qui devient l’apanage de notre quotidien ne peut se résumer à un simple positionnement du type caricatural, « pour » ou « contre », « oui » ou « non »â€¦, d’autant que le changement renvoie à une déstabilisation des individus qui ont besoin de repères qui les rassurent et, qui ne sont pas prêts à affronter l’ « incertitude » qui prouverait pourtant que l’éducation qu’ils ont reçue ait été la bonne !
5. Favoriser l’accompagnement :
En soulignant cet aspect dans l’approche qui est la nôtre de l’autonomie, nous sommes amenés à interroger l’institution à travers ces cadres.
En effet la demande qui lui est faite est différente, et si cette demande est différente, la mission des cadres et leur positionnement ne peuvent demeurer identiques.
De plus si un des objectifs de l’Ecole est de former des citoyens, c’est-à -dire des adultes capables de respecter les règles mises en place par la majorité et, en même temps, de développer l’ « esprit critique » pour constamment interroger le bien fondé de ces règles, et les changer, si cela s’avère nécessaire, encore faut-il que ce même « esprit critique » puisse s’exercer dans le quotidien des acteurs de l’institution.
Est-ce le cas ?
Ce même « esprit critique » peut-il donc, aujourd’hui, s’exercer au niveau des cadres chargés d’appliquer une politique ?
6. Emettre des réponses :
Une première réponse consisterait à dire « oui » car elle mettrait en avant la richesse potentielle des acteurs et le bien de la collectivité. Mais les enjeux de pouvoir, l’ « ego » des individus aux différents postes qui sont les leurs le permettent-ils véritablement ? Nous touchons là , à mon avis, un des ponts cruciaux entre le bien qui s’en réfèrerait au collectif et le bien qui si s’en réfèrerait à l’individuel.
Cette approche de « bien collectif » et de « bien individuel », de « bien » dans son ensemble, ou de « mieux être » est-elle toujours d’actualité ?
Si tel n’est pas le cas, ne faudrait-il pas à nouveau nous emparer de cette préoccupation et prendre ou reprendre le chemin de l’ « éthique » et des « valeurs » qui ont fondé la république pour le bien de tous les hommes ?
Les avancées de l’homme sont d’autant plus probantes qu’elles ont été associées à des aspirations idéalistes, voire utopistes, mais la prise de ces directions rejaillit toujours d’une manière ou d’une autre sur lui car elle témoigne d’un souci d’élévation qui l’honore.
7. Agir pour les personnes :
Aussi, la mise en place en place d’une politique éducative ne peut se résumer à une action au niveau du système, sans agir sur les individus pour faire en sorte qu’ils se sentent et soient mieux.
Ne développe-t-on pas de plus en plus des services des « directions de ressources humaines » ?
Et ces directions ne peuvent être cantonnées dans un rôle d’accompagnement des difficultés individuelles mais doivent anticiper et prévoir les actions à mettre en place pour accompagner le changement.
Ce service des « directions des ressources humaines » est-il véritablement identifié comme tel dans l’Education Nationale et par ses personnels, indépendamment de l’appellation ?
Se poser ce type de questions dans le fonctionnement de l’Education Nationale répond , en partie, aux troubles et malaises que nous y rencontrons plus souvent que nous ne nous l’avouons car ce qui devrait constituer un « modèle » en terme d’organisation et de gestion des personnes et de « management » se révèle comme une faiblesse rédhibitoire par rapport à bon nombre d’entreprises publiques ou privées !
C’est assez paradoxal de pointer de tels constats.
Convenons ensemble que cela ne manque pas de piquant et c’est une des raisons qui font que nous ne pouvons ne pas nous saisir de ces préoccupations.
Peut-on s’en remettre au système ou se réfugier derrière le système en mettant de côté les individus qui le composent ? D’autant que ces mêmes individus vont agir avec l’objectif d’instruire et d’éduquer des élèves qui seront les adultes de demain. A la noblesse de la mission, il est de notre devoir de nous efforcer mettre en place une démarche empreinte d’une égale noblesse.
Si les individus peuvent infléchir le système et s’ils le peuvent, doivent-ils demeurer dans la seule attitude de l’ « exécutant » ?
8. Définir le rôle des acteurs :
Des questions, certes inéluctables dans ce type de démarche intellectuelle, qui ressortent et qui appellent pour le moins des réponses.
Ma croyance en l’homme me conduit à répondre par l’affirmative et c’est en cela que les notions d’ « exécutants », de « penseurs exécutants » ou d’ « exécutants penseurs » méritent d’être développées, me semble-t-il, comme je m’y étais engagé lors d’un précédent article rédigé dans le cadre de l’ « autonomie et du pilotage fort des établissements ».
Somme toute, si l’application de la politique éducative relève de la seule « exécution » par ses cadres, en quoi l’ « esprit critique » et la démarche « citoyenne » peuvent-elles s’appliquer ?
Si cette même application appelle à aborder la notion d’ « exécutant penseur » alors nous pouvons aborder à nouveau cet aspect de l’autonomie et du pilotage fort à travers les notions de « projet » et d’ « accompagnement » des élèves et des personnels.
De même le « penseur exécutant » se retrouvera dans cette approche avec une donnée supplémentaire qui relèverait plus, d’après moi, des « démarches innovantes » propices aux avancées maîtrisées, dans la perspective du respect des textes nationaux des politiques ministérielles.
Cela nous renvoie ainsi à un positionnement différent des représentants de l’Institution et à concrétiser les changements découlant des lois de la décentralisation et de la L.O.L.F à travers la gestion des établissements et des « marges indispensables » pour Å“uvrer dans ce sens.
Le recrutement et la formation des personnels de direction, voire d’encadrement, prennent-ils en compte ces données ?
Le fonctionnement actuel du système éducatif favorise-t-il cette évolution ?
L’évaluation de l’ensemble des dirigeants, les nominations se font-elles sur des bases clairement connues et reconnues par tous les acteurs ?
Chacun y apportera les réponses qui lui sembleront les plus appropriées mais l’impasse sur ces questionnements ne peut perdurer plus longtemps.
Comment dépasser les freins possibles ?
9. Dépasser les freins :
Il serait souhaitable, dans un premier temps, de déboucher sur une « charte des professionnels de l’éducation du service public » portée à la connaissance, dès le recrutement et la formation, de toutes les catégories de personnels.
Il est étonnant de constater que les tâches dévolues aux personnels dans un cadre de « fonctionnariat » ne soient pas mises en avant de « manière solennelle » alors que la création de ce corps correspondait à des exigences, en droits et devoirs, de la collectivité envers l’individu pour la collectivité.
Dans un deuxième temps et en accompagnant ce qui ce fait, ce serait de responsabiliser effectivement tous les acteurs, au lieu d’infantiliser certains types de relations et de fonctionnement qui ne font pas honneur à notre système d’éducation.
Nous ne pouvons, dans le même temps, nous efforcer d’appliquer, de mettre en place des textes ambitieux et nous confronter à des fonctionnements frustrants dans notre développement personnel qui bloquerait toute démarche d’altérité.
Essayons donc de traduire concrètement les objectifs nobles des textes, des discours et déclarations de tous bords dans le système en vigueur en revenant à la reconnaissance de l’homme et en pariant sur ses propositions, ses désirs, ses passions….
Bien entendu, la régulation, le suivi, le « rendre compte » en termes d’objectifs atteints ou non, les avancées effectuées, les difficultés soulevées seront parties intégrantes du fonctionnement arrêté.
De la même manière que nous déterminons un cadre propice à l’acte d’éducation qui génère en son sein des espaces de liberté, il nous faut définir un cadre favorisant l’autonomie et la responsabilisation des élèves et des adultes dans le respect du projet académique.
10. Définir un cadre :
C’est à partir de ce cadre que nous pourrons poursuivre notre réflexion en tentant de progresser sur le chemin de l’évolution qui sous- entend une transformation de fait de la structure dans laquelle nous agissons.
Agir sur le système en privilégiant la place et le rôle de la personne, en la respectant, c’est se respecter et c’est une garantie pour éviter de nous fourvoyer en dehors du chemin des valeurs que l’on ne peut occulter sans nous exposer à de graves crises morales, sociales et sociétales.
Claude Lasseigne
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