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Vues d'ailleurs - un point de vue sur le Bade-Wurtemberg - [Education et Devenir]
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1. Introduction

Il est en premier lieu capital de rappeler que la présentation de ce point de vue s’appuie sur l’exemple en vigueur au Bade-Wurtemberg. Le système fédéral de l’Allemagne fait que chaque Land a son propre système scolaire, et qu’il y a des écarts parfois importants entre les 16 Länder.

Land riche et très industrialisé, possédant quelques fleurons comme Mercedes, Porsche ou Bosch, le Bade-Wurtemberg a gardé de son histoire et de sa situation géographique frontalière avec la France une vraie unité culturelle et sociétale, qui en fait aujourd’hui, avec la Bavière, le seul Land à posséder un système scolaire « jacobin » et très équitable sur son territoire.

L’économie est florissante, le taux de chômage y est très faible (environ 4,5%). Le PIB du Bade-Wurtemberg représente à lui seul 14,5% du PIB allemand (plus d’1/8e, alors qu’il y a 16 Länder). Peuplé de près de 11 millions d’habitants, avec une densité assez forte (303 habitants au km2).

Si je suis conduit à évoquer le Bade-Wurtemberg, c’est qu’il s’agit de ma terre natale. J’y ai vécu jusqu’à l’âge de 15 ans, et j’ai donc pu expérimenter personnellement les deux systèmes scolaires. Mon père fut de plus professeur d’un Gymnasium, et j’ai pu par ce biais effectuer de nombreux recoupements sur le système scolaire wurtembergeois entre mes propres souvenirs d’élève et l’expérience professionnelle de mon père.

Pour souligner l’importance de la question de la confiance dans les inter-relations au Bade-Wurtemberg, je souhaite également remercier mon ancien professeur de sciences physiques, Wilfried Musterle, devenu depuis un ami, et qui m’a beaucoup aidé ces dernières semaines à construire cette vue d’ailleurs…

Un autre préalable pour bien comprendre le système allemand : L’Allemagne a réussi à construire un modèle sociétal après 1949 fondé sur le respect et la garantie de l’enracinement démocratique. La hantise collective face à la montée du nazisme est un marqueur historique, que l’on retrouve jusque dans le fonctionnement scolaire. Là où il y a un élément de pouvoir, il convient d’organiser un contre-pouvoir solide et efficace. Pour les Allemands, la démocratie, ce n’est pas l’exercice du pouvoir, mais la bonne santé des contre-pouvoirs.

2. La confiance comme élément relationnel entre professeurs et élèves

L’Allemagne regarde souvent avec intérêt vers notre système scolaire, en tentant de reproduire des fonctionnements qui apparaissent outre-Rhin comme plus équitables et garants d’une démocratie scolaire.

Le « Collège unique » est ainsi un débat récurrent en Allemagne, où l’on retrouve dans quasiment tous les Länder les fameuses « Gesamtschulen », mais uniquement de façon éparpillée sur le territoire et toujours à titre expérimental, parfois depuis plus de 30 années… Le modèle du cycle « Collège unique » ne s’est jamais imposé de façon unanime.
C’est donc ce système très sélectif, dès la sortie de l’école élémentaire, qui serait le gage d’une relation de confiance ?

En réalité, les choses sont plus complexes, et si la question de la confiance est centrale, elle varie aussi beaucoup en fonction des écoles. Les élèves sont orientés à l’issue de leur 4e année d’élémentaire selon 3 poursuites d’études possibles :

La sélection se fait donc à un âge très jeune, vers 10 ans. En apparence, on pourrait penser que le système est inéquitable et assure parfaitement une incontournable reproduction sociale.

Toutefois, le système offre une grande souplesse, qui ne fige pas l’orientation à l’issue du 1er degré. Des passerelles existent année après année, et il n’est pas rare de voir des élèves commencer au Gymnasium, puis poursuivre à la Realschule, ou inversement. C’est la première illustration de cette relation de confiance. On accompagne l’élève tel qu’il est, et on s’adapte en permanence à sa façon d’entrer dans les apprentissages.

C’est dans la relation quotidienne que le rapport de confiance est le plus explicite, au Gymnasium, à la Realschule ou à la Hauptschule. En effet, l’ensemble du triangle relationnel Ecole – parents – élèves conduit à vivre un quotidien détendu, convivial et ouvert.

Le professeur ne fait pas usage d’une autorité, comme en France. Il semble plutôt coordonner les méthodes de travail des élèves, ce qui conduit ceux-ci à être relativement autonomes très tôt.
Ce qui surprend beaucoup, c’est la gestion de la parole. A partir du moment où une intervention orale est en lien avec le thème abordé ou l’activité prévue, la parole est libre. Le professeur suscite la réflexion collective, et les digressions ne sont jamais vécues comme telles. Si le film « La vague » développe ensuite une histoire qui débouche sur un drame, les situations de cours décrites au début du film sont tout à fait réelles de ce qui se passe dans une école allemande.

Il n’y a pas que la parole qui est libre. Les postures d’élèves le sont aussi : on est autorisé à conduire des activités annexes, à condition qu’elles soient respectueuses du groupe. Il n’est donc pas rare de voir des élèves qui tricotent en cours, ou qui jouent discrètement aux cartes. S’alimenter en cours n’est pas non plus un problème en soi.

Cette acceptation réciproque de postures formelles construit la solidité de la relation de confiance. Nulle dérive démagogique, bien au contraire. Plus les années scolaires avancent, plus il est courant qu’un professeur invite par exemple ses élèves en fin d’année pour célébrer l’achèvement d’une année scolaire.

Mais si l’enseignant se montre distant, autoritaire ou encore lunatique, les élèves ne peuvent pas investir cette nécessaire relation de confiance. C’est alors que la défiance prend la place. Situation rarissime, qui ouvre la voie au stress et à un contexte anxiogène. Chaque heure de cours peut devenir une menace potentielle, derrière laquelle toute tentative de transmission de connaissances s’efface indubitablement.

Il s’agit donc bien d’une interaction. Pour construire un rapport de confiance, il est nécessaire que le professeur fasse a priori confiance, préalable pour une année scolaire sereine et constructive.

L’entrée dans les apprentissages ne se fait pas comme chez nous à travers un corpus de connaissances à acquérir, mais plutôt en posant une méthode d’approche, qui servira à comprendre un sujet, à travers lequel les connaissances à acquérir sont abordées. Cette méthodologie permet de garantir le rythme de chacun et de vérifier surtout que l’élève a bien compris la stratégie d’apprentissage. Le bloc de connaissances n’est donc pas central en soi.

Enfin, cette relation de confiance repose aussi sur le principe de responsabilité. Les élèves ont le droit de prendre des initiatives, d’organiser des évènements, des concerts, des festivités qui témoignent de leur capacité à assumer cette confiance.

L’évènement le plus marquant en fin d’année, attendu par toutes et tous impatiemment, professeurs et élèves, est incontestablement le fameux « Abischerz », littéralement « plaisanterie du Bac ». Sur un laps de temps d’environ 2 semaines, juste après les dernières épreuves de l’Abitur, les lycéens organisent dans le secret absolu une fête avec un effet surprise, bloquant l’établissement ou le barricadant complètement. Un concert a alors lieu dans la cour de récréation, des boissons sont vendues, c’est une sorte de fête de fin d’année. Toute la communauté scolaire, et notamment les adultes, prend cela avec bonne humeur, même lorsque le matin en arrivant on découvre des murs de parpaings montés devant les portes du lycée.

La vraie responsabilité est donc prise comme acte sérieux, elle est assumée et respectée. La conférence des délégués, la SMV, a des pouvoirs sur l’organisation scolaire qui seraient impensables en France. Et pourtant, elle n’en fait que bon usage… Le résultat d’une confiance aboutie. Institution ancrée dans la loi scolaire, fonctionnant avec le même souci démocratique que les autres instances, la conférence des délégués élit parmi les professeurs 3 enseignants qui sont les « professeurs de liaison » (Verbindungslehrer), et qui vont guider la conférencedes délégués dans leurs compétences.

A l’échelle du Land, un conseil d’élèves existe, et qui a pour rôle d’apporter au ministre des éléments d’informations.

3. La relation école - parents

La relation que l’école au Bade-Wurtemberg entretient avec les parents peut certes connaître des aspects qualitatifs très différents, mais le cadre dans lequel ces relations s’inscrivent facilitent grandement le travail commun et par conséquence la confiance qui en résulte.

Sur le plan institutionnel, les établissements du 2nd degré sont dirigés par un chef d’établissement, qui reste cependant un professeur (généralement 6 heures de cours par semaine). Ce chef d’établissement préside la « conférence scolaire », qui est l’organe administratif de l’établissement. Le représentant du conseil des parents est tout simplement le vice-président de cet organe, ce qui démontre la place importante occupée par les parents.

Dans la loi scolaire du Bade-Wurtemberg de 2006 (qui correspond à notre code de l’éducation), un titre entier est dédié aux parents d’élèves, et notamment à une autre instance statutaire, le conseil parental (Elternbeirat). Ce conseil parental est la représentation officielle des parents d’élèves auprès de la direction de l’établissement. Il est composé de l’ensemble des délégués parents d’élèves des différentes classes. Il n’existe pas comme en France d’affiliation à des fédérations de parents d’élèves. Dans le cadre de ses compétences, le conseil parental doit être sollicité de façon systématique avant toute décision « stratégique » ou de pilotage pédagogique de la part du chef d’établissement.

Cette position forte sur le plan institutionnel s’accompagne d’une grande souplesse réglementaire par ailleurs, lorsqu’on aborde les aspects de vie quotidienne d’un établissement scolaire. La comptabilité publique française est très rigoureuse et cadrante, et ne permet pas les montages très souples dont les établissements allemands ont l’habitude. En effet, le conseil parental et la conférence scolaire peuvent organiser asses facilement des évènements festifs, notamment lors des soirées parents-professeurs, avec vente de boissons, bière et saucisses grillées. Tout cela se fait avec bon sens et simplicité et crée les conditions d’une convivialité assurée. Le conseil parental gère d’ailleurs une partie non négligeable des ressources de l’établissement, avec un format associatif.

Dans le lycée (Gymnasium) où je fus moi-même élève, un restaurant snack fut installé dans l’enceinte de l’établissement, sur initiative du conseil parental, avec son implication financière.

Il est à souligner que symboliquement, les écoles allemandes sont ouvertes, c’est-à-dire non sanctuarisées. Il n’y a pas ni grillage, ni portails coulissants, ni même de caméras de surveillance. On entre dans une école facilement, même si des mesures de protection ont été prises depuis le massacre de Winnenden en 2010, avec un asservissement automatique de toutes les portes dans le sens entrant lorsqu’une intrusion malveillante est signalée

Dans de nombreuses écoles, des lieux dédiés aux parents ont été installés et aménagés, permettant au conseil parental de fonctionner facilement en toute autonomie. L’école ne fait que transposer ce qui est par ailleurs très courant en Allemagne : une sociabilité très marquée, organisée, avec un fort sentiment d’appartenance aux structures organisationnelles et associatives. Lorsqu’on est un parent d’une école donnée, on appartient presque corps et âme à cet ensemble, et on y reste fidèle. Les Allemands aimant par-dessus tout faire la fête et partager des moments conviviaux ensemble, l’école se trouve être un lieu idéal pour aborder les questions sérieuses, tout comme les temps festifs.

Il est nécessaire néanmoins de préciser qu’il n’y a là aucune image idyllique. Comme partout en Europe, certains parents n’ont pas cette posture ouverte et fondée sur un dialogue permanent. Il y a aussi des parents avec lesquels il est difficile de trouver le bon mode opératoire. Mais le cadre réglementaire facilite clairement la qualité relationnelle. Cela pose sans doute la question de notre grande rigidité sur ce plan, chose confirmée par les collègues allemands lorsque nous avons des échanges dans le cadre d’appariements.

4. La relation professeurs - direction

Fidèle à son fonctionnement social de contre-pouvoirs, pour devenir chef d’établissement, la seule décision du pouvoir administratif central ne suffit pas. En premier lieu, le chef d’établissement est et reste un enseignant. Il doit assurer 6 heures de cours hebdomadaires (au lieu de 25 heures pour les autres enseignants, heures de suppléance comprises). Il reste ainsi un collègue, un primus inter pares.

Sa désignation n’est pas forcément simple. Il n’y a pas de clause de mobilité au BW, et il est courant de rester sur un poste entre 10 et 15 ans. Lorsqu’une place se libère, on candidate, à condition d’appartenir à l’avant-dernier grade (échelon) de la carrière d’enseignant (Studiendirektor). Si le ministère valide la candidature, elle doit ensuite être avalisée par la commune (qui joue au BW le rôle de nos collectivités territoriales), puis par la fameuse conférence scolaire, où siègent les représentants des enseignants et des parents. Tout le monde est donc impliqué dans la désignation, ce qui permet de souligner la responsabilisation des différents acteurs, et qui donne ainsi également une légitimité forte au chef d’établissement qui arrive.

Si le chef reste un enseignant, il n’en demeure pas moins qu’il possède des responsabilités importantes dans le contrôle pédagogique et dans l’évaluation de ses collègues. En effet, il doit assister tous les 5 ans au moins aux cours de ses collègues pour déterminer cette évaluation. Si la situation est difficile et complexe, il peut alors faire appel à des inspecteurs.

Lorsqu’un enseignant mute, c’est le chef qui reçoit les candidatures (il n’y a donc pas de système de mutation comme en France), et qui prend la décision d’embaucher ou non les professeurs, en transmettant un avis au ministère, qui valide. Le souci, c’est qu’un professeur candidate généralement sur plusieurs établissements, et lorsqu’il a reçu plusieurs avis positifs, c’est à l’enseignant que revient finalement le dernier mot et le choix de l’établissement où il souhaite exercer.

Le pilotage repose profondément sur un concept de confiance, avec des hiérarchies intermédiaires. Le chef propose à certains des collègues de devenir directeurs de départements disciplinaires, et il se constitue ainsi autour de lui un groupe de pilotage pédagogique, où les différentes tâches de travail sont décentralisées et réparties de façon équilibrée.

Gérard HEINZ
Principal de Collège
Académie de Lyon

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