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L’amphi de Lyon 2 a vécu un samedi après midi 10 janvier très particulier où l’hommage rendu à Philippe Meirieu à l’occasion de son départ en retraite a rencontré l’actualité, en particulier dans la forte intervention d’Eric Favey ou dans les ponctuation musicales évoquant Charlie...Chaplin ! Merci à Pascal Bouchard pour son compte rendu fidèle !

Najat Vallaud-Belkacem aurait souhaité participer à l’hommage qui a été rendu, hier 10 janvier, à Philippe Meirieu, à l’occasion de son départ à la retraite. La ministre de l’Education nationale a tenu à faire savoir qu’elle était retenue à Paris après les évènements dramatiques de ces derniers jours, des assassinats commis dans les locaux ou à proximité de Charlie Hebdo au dénouement tragique des prises d’otages qui ont suivi. Ils ont d’ailleurs pesé sur la réflexion de plusieurs des orateurs, face à l’amphithéâtre bondé de Lyon-II.
Eric Favey, qui s’exprime comme "militant de l’éducation populaire" et non comme inspecteur général, a ainsi renoncé aux éloges qu’il avait prévus pour évoquer "une gravité qui nous ronge tous" et pour s’interroger sur ces hommes qui n’ont pas "trouvé d’autre raison de vivre que d’assassiner leurs semblables". Ils ont pourtant passé plusieurs années dans nos écoles, "ils sont peut-être même allés dans nos colonies de vacances, il semble que l’un d’eux était éducateur sportif". Avant de conclure, "nous ne voulons plus d’une école qui n’apprend pas à nos enfants à vivre", et de dénoncer "le scandale" que constituent l’absence d’enseignement de la philosophie dans l’enseignement professionnel, une éducation artistique limitée à "quelques dizaines de minutes", l’ECJS (Éducation civique juridique et sociale) réduite à "une variable d’ajustement", il reprend d’un livre de Philippe Meirieu la formule de Fernand Deligny, "le plus grand mal est de promettre et de ne pas tenir ses promesses". Or "rien n’oblige l’Ecole à tenir ses promesses", et la pédagogie n’est pas, par nature, démocratique, elle ne place pas nécessairement l’enfant au centre de ses préoccupations. D’où l’appel à Philippe Meirieu : "nous avons plus que jamais besoin de toi" pour faire le lien entre politique (au sens noble) et pédagogie.
Mais, et c’est une interrogation qui parcourt les propos de la plupart des orateurs, est-il possible d’établir un lien de causalité entre les intentions de l’enseignant, de l’éducateur, et les résultats ? Pour Daniel Hameline (Université de Genève), en matière d’éducation, "l’inconnaissance est la règle" et "nous ne savons pas ce que nous fabriquons". Le scientifique pourrait se contenter d’observer, il peut n’avoir pas de convictions, rester dans "l’enclos" et l’entre-soi des chercheurs. Le pédagogue en revanche "ne peut pas ne pas être un homme de conviction" , ne pas faire "le constat que les choses ne se passent pas bien" et qu’elles pourraient "se passer moins mal". Il a besoin d’une aide intellectuelle, et c’est ce que s’est efforcé de lui donner celui qui affirme que "le pire n’est pas sûr", et qui est à ce titre "le successeur d’Alain". Il n’a ni le même style, et il n’a pas fait les mêmes choix politiques, mais il représente comme lui "l’autorité morale" d’une "magistrature intelligente".
Denis Kambouchner (Paris-I) s’était opposé à Philippe Meirieu dans Une Ecole contre l’autre, et il a posté un message vidéo pour dire que, s’il ne reniait rien de ses idées, le ton de cet ouvrage était "hors de date" et que "l’évolution des choses" avait contribué à les rapprocher. Il ne s’agit plus de choisir telle ou telle option pour l’école, il faut se battre pour l’éducation. Mais Bernard Rey (université libre de Bruxelles) ajoute une autre préoccupation pour l’école : "rendre les savoirs émancipateurs". Ils ne le sont en effet pas quand l’enseignant les impose en usant de son autorité, et qu’il "les présente comme des croyances", et non comme des réponses à des énigmes. Pour lui, Philippe Meirieu propose "une éthique de l’enseignement". Charles Hadji (Grenoble-II) le dit autrement lorsqu’il parle de "ceux qui refusent de s’interroger sur le métier qu’ils prétendent exercer" et, à l’inverse, de la nécessité de "prendre en compte l’intelligence de l’autre".
Plusieurs autres orateurs ont évoqué "le bashing" dont le pédagogue a été sans cesse l’objet, alors qu’il incarne, estime le président de l’université "le courage et la dignité", la figure du maître "loin des errements qui sont en fait de la paresse". Antoine Prost (Paris-I) dénonce lui aussi "les coups les plus sanglants, les plus injustes, les plus scandaleux" qu’il a reçus, mais il ajoute aussitôt qu’il n’a pas été le seul. Tous ceux qui ont tenté de faire advenir des réformes ont de même subi des attaques violentes et "ça remonte à beaucoup plus loin que nous ne le pensons". L’historien pose alors une autre question, "depuis plus d’un siècle, on sait ce qu’il faut faire, pourquoi ne le fait-on pas ? " Il évoque Léon Bourgeois qui, en 1890, donne pour finalité à l’enseignement "une éducation complète", celle "de l’intelligence, du corps et de la volonté", et pour lui, "l’enfant doit être le centre commun" vers lequel devraient converger "tous les efforts". Il réduit le temps des cours de 2h à 1h30 pour réserver du temps aux entretiens entre les enseignants et avec les élèves. Les cours ont été réduits, mais il n’y a pas eu de concertation pour autant. 50 ans plus tard, en 1938, Jean Zay tient à peu près le même discours, preuve qu’il n’est pas rentré dans les faits. Et le pédagogue aujourd’hui continue de "participer à un processus dont l’aboutissement n’a pas d’échéance prévisible". Ce qui justifie que le professeur émérite reprenne le slogan de mai 68 : "continuons le - combat" !
Philippe Meirieu, répondant à ces hommages, se décrit comme le personnage de Charlot à la fin des films de Chaplin, celui qui "ne sait où il va", qu’on voit de dos marcher "vers un ailleurs infini", et qui se situe "quelque part dans l’inachevé". Il a travaillé, dit-il, à lier éducabilité et liberté grâce à l’inventivité pédagogique, sans céder à la fascination techniciste, et il espère que ce qu’il a pu dire et écrire a parfois aidé certains enseignants à prendre, chaque matin, le chemin de l’école...
L’hommage était organisé par Lyon-II avec le laboratoire ECP (Education, cultures, politiques) et l’ISPEF (Institut des sciences et pratiques de l’éducation et de la formation), et avec le soutien de l’ESPE de Lyon, de l’IFE et celui de la MGEN.

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