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Ce que nous sommes à Education & Devenir - [Education et Devenir]
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En 1984, Maurice Vergnaud crée E&D après avoir quitté la direction des collèges au ministère Savary. Trente ans plus tard, dans notre publication de 2014, Faire réussir l’école, nous avons repris tout naturellement un certain nombre de ses textes car ils étaient toujours d’actualité. Les idées qu’il prônait étaient toujours les nôtres et, surtout, étaient encore à défendre et à tenter, pour la plupart, de mettre en place.

Aujourd’hui, il en est de même. Et c’est avec une vigueur accrue que nous devons dénoncer une nouvelle fois « l’illusion du retour au passé. » Dans le temps même de la loi de refondation de l’École et plus précisément de la réforme du collège, nous continuons à user de notre positionnement souvent précurseur – en demeurent pour preuves le conseil pédagogique initié en nos rangs, ou encore notre colloque sur l’école fondamentale de 2012 ou toute notre réflexion sur l’autonomie de l’établissement pour ne citer que quelques-unes de nos propositions - pour redire avec force et conviction que les finalités de l’École ne sont pas les seules acquisitions de savoirs ou de connaissances mais aussi et surtout « la formation de l’adolescent pour le conduire à la réussite de sa vie d’adulte dans ses trois dimensions : vie professionnelle, vie sociale, vie culturelle » .

Nous défendons, en opposition à tous les conservatismes, une École ouverte sur le monde d’aujourd’hui dans sa complexité et ses contradictions, centrée sur l’élève et sa réussite. De même, nous revendiquons une École qui éduque le futur citoyen et la future citoyenne en étayant cet apprentissage tout au long de sa scolarité. Pour ce faire, je vous propose que nous nous donnions un certain nombre de moyens ou du moins de lignes de force qui constitueront, concomitamment, nos orientations pour les 3 ans à venir.

I. Pour une École ouverte

Ouverte sur l’ici et le maintenant, l’Ecole doit se faire à l’échelle du monde, sortir de sa stricte sphère scolaire et lutter contre les crispations et les réactions de notre société actuelle pour permettre à l’élève de réussir et de s’insérer dans le monde de demain.

Ainsi que l’écrivait il y a 30 ans Maurice Vergnaud, dans « les conservatismes à l’école » : « Ils sont nombreux, et plus nombreux qu’on ne pense, parce qu’ils ne s’avouent pas et leurs dissimulations sont multiples : leur bon sens, le raisonnable, le réalisme, l’efficacité, la sécurité, le sens du possible et la fidélité au passé, ce passé dont on fait un modèle parce qu’il est précisément le passé, … »

Or, c’est en prenant précisément la mesure actuelle des contextes historiques, économiques, sociaux, locaux et mondiaux et en s’adaptant à ces contextes que l’Education Nationale peut permettre à chaque élève de réussir. Nous sommes très attachés tout particulièrement aux contextes locaux. L’Ecole pour mener à bien ses missions de service public se doit d’être l’école d’un territoire. On ne peut enseigner de la même façon, construire les mêmes projets selon que l’on se trouve en milieu rural ou en centre ville, selon la richesse du tissu associatif, selon l’hétérogénéité ou à l’inverse l’homogénéité des élèves. Seule l’autonomie renforcée des établissements scolaires (EPLE ou réseaux d’écoles primaires et maternelles) peut apporter une réponse positive à cette diversité en permettant de mettre de la souplesse, de l’individualisation, de l’autrement, du différent au sein d’un cadre institutionnel et national donné par le ministère. C’est encore cette même autonomie qui peut permettre, dans un contexte donné, au sein d’un territoire délimité, d’accroître ses partenariats en faisant rentrer la société civile dans l’école, et donc en faisant du temps scolaire de l’élève, un temps parmi d’autres du jeune ou de l’enfant (cf. le beau projet que nous avons mené quelques années avec la Ligue de l’enseignement autour de l’établissement scolaire comme Maison des Savoirs et des Compétences tout au long de la Vie).

Face à une société où le repli identitaire comme le simple repli sur soi est devenu la norme sociétale, l’Education Nationale se doit de combattre, au nom du refus de toute discrimination comme de toute ségrégation, quelle soit sociale, ethnique, géographique, culturelle ou économique, les inégalités. Le rapport sur la grande pauvreté de Jean-Paul Delahaye nous a montré avec un réalisme atterrant que l’école trop homogène génère des ghettos scolaires qui creusent encore les inégalités sociales. Pour reconnaître autrui comme notre concitoyen, il faut le connaître, le côtoyer, c’est-à-dire rechercher l’hétérogénéité dans les établissements scolaires en modifiant la carte scolaire partout où cela est possible mais aussi, au sein même des établissements, en ne créant pas de filières d’excellence (classes européennes, classes bilangues, à projet artistique particulier, …) pour refaire de l’élitisme qui n’a de républicain que le nom.

En parallèle, l’innovation en matière de pédagogie, de didactique ou d’éducation doit être promue partout. Bon nombre d’enseignants, de chefs d’établissement font, à l’instar de M. Jourdain, de la pédagogie innovante sans le savoir et sans que leurs collègues ne le sachent non plus. En fédérant ou simplement en donnant à connaître ce qui se fait déjà, beaucoup de craintes et de frilosités pourraient bien disparaître concernant la réforme du collège par exemple et la notion de transdisciplinarité présente dans les EPI.
De même la mise en place de curricula, en développant la notion de parcours peut permettre de faire réussir certains élèves qui ont besoin d’un autre rythme, d’une autre temporalité ou de chemins plus ou moins balisés que d’autres.
Le renforcement du socle commun à travers tout particulièrement l’importance qu’il reconnaît à l’interdisciplinarité peut lui aussi contribuer à ce faisceau de sens que l’enseignement disciplinaire et sectionné en « heures de cours » a fait perdre à de nombreux élèves qui, face à ce conglomérat de connaissances finissent par lâcher prise.

Enfin, et cela est on ne peut plus perceptible dans l’évaluation du socle commun en parallèle du Brevet National des Collèges, dans l’évolution du baccalauréat entre CCF et contrôles terminaux mais toujours en évaluations chiffrées compensatoires, l’évaluation actuelle dans notre système scolaire pose problème. Evaluation sanction (revendiquée par certains politiques ?!), évaluation sans sens, évaluation porteuse de stress mais rarement formative, elle est à réfléchir et à modifier sans frilosité. Car l’Ecole dépasse, de par sa structure même, la transmission de seules connaissances et savoirs pour permettre et développer les savoir faire et les savoir être.

II. Pour une École qui éduque le futur citoyen et la future citoyenne
« Le gain de notre étude, c’est en être devenu meilleur et plus sage » écrivait Montaigne hier. Tout l’enjeu de l’école est encore et toujours là.

Françoise Clerc dans le colloque de 2002 de Marseille questionnait la classe dans « Quelle classe pour apprendre et se former ? ». Elle nous donnait à voir les différentes fonctions de la classe contemporaine, autant de fonctions que l‘on pourrait aisément placer au niveau de l’établissement scolaire : une fonction sociale, une fonction de communication, une fonction organisationnelle et une fonction pédagogique et éducative.

En effet, aucun élève dans l’Ecole n’apprend « hors sol », il apprend et grandit entouré de ses pairs ; des liens sociaux se tissent, des liens d’interdépendance et d’émancipation. C’est peut-être sur ce plan-là principalement que l’Ecole aujourd’hui est si fortement chahutée que ce soit par la société civile dans son ensemble comme par les élèves eux-mêmes.

Lors des attentats de janvier 2015, tous les yeux se sont tournés vers l’Ecole pour la pointer comme responsable de la dérive de leurs auteurs. Lors des derniers horribles assassinats de novembre, plusieurs voix se sont élevées à nouveau pour, au moins, questionner cette Ecole Républicaine, en panne pour un certain nombre de ses élèves.

Face à notre société qui se crispe, nous devons plus que jamais affirmer les valeurs et les principes de la République en son sein. Indivisible, laïque, démocratique et sociale, au travers de l’Education Nationale, elle maintient la cohésion sociale.

Parallèlement, un tournant pédagogique fort s’est imposé depuis janvier privilégiant le dialogue à la coercition, le vivre ensemble aux sanctions. Les ressources proposées par le ministère (la charte de la laïcité, les ressources en ligne pour l’EMC ou le livret sur la laïcité pour le personnel d‘encadrement, …) vont toutes dans ce sens. Il est à soutenir fortement, car c’est ainsi et seulement ainsi que nous pourrons au travers de l’autonomie et du dialogue argumenté, aider à l’acquisition de la liberté de conscience et à l’émancipation humaniste.

Le futur citoyen se construit en grande partie à l’Ecole. C’est là une de ces plus hautes missions que désormais chacun s’accorde à lui reconnaître. Face à l’impartialité absolue de l’enseignant, confiant et bienveillant, l’élève, le jeune pourra mettre du lien social, du vivre ensemble dans le respect d‘autrui. Sans pour autant la rendre infaillible, il est nécessaire que le service public qu’est l’Ecole s’acquitte de cette mission émancipatrice et repositionne d’une façon institutionnelle les valeurs de la République.

Mais cela ne pourra se faire sans une réelle sensibilisation, information et formation des personnels (tous les personnels) à ces questions et, plus largement, de tous les intervenants en milieu éducatif. Cela les interpelle dans l’ordinaire de leur pédagogie, cela les amène à entendre les paroles des élèves et à (se) construire une culture commune. Le rôle des ESPE mais aussi celui de chaque établissement scolaire est de participer d’une manière active à cette formation où le disciplinaire laissera une place plus large au transversal, au positionnement neutre et bienveillant des pédagogues.

Face à ses enjeux qui ne sont, certes, pas nouveaux mais amplifiés par la sinistre actualité, il est temps de nous demander quels moyens nous nous donnons.

III. Engagement d’E&D pour aider à ces objectifs

Tout d’abord nous continuerons à soutenir et défendre la loi de refondation de l’Ecole et donc la réforme du collège tout en incitant à aller plus loin sans frilosité, sans écouter les sirènes des différents conservatismes. Il est besoin, aujourd’hui encore plus qu’hier, de poser une réforme forte et clairement lisible allant dans le sens de la réussite de tous les élèves.

Dans ce contexte parfois de combat, nous continuerons à développer nos partenariats tout en affirmant nos différences et notre complémentarité. Partenariat avec les associations du CAPE au sein duquel nos défendons, de l’intérieur en quelque sorte, les valeurs de l’Ecole Publique et dans lequel, grâce en particulier à Marie-Claude Cortial, nous avons su trouver une place singulière, dynamique et reconnue. Partenariat avec la Ligue de l’Enseignement, vieux compagnon de route s’il en est, avec laquelle nous partageons la défense des valeurs républicaines ainsi que ses modalités concrètes et au sein de laquelle nous participons à certaines de ses instances comme le CNET. Partenariat avec le CRAP ou plutôt compagnonnage, partenariat d’échanges, de diffusion de publications, d’idées au service de pédagogies innovantes en mouvement. Partenariats avec le SGEN-CFDT, l’UNSA, la FCPE … avec lesquels, selon les méandres de l’actualité, nous nous retrouvons régulièrement pour poser et reposer encore ces valeurs d’égalité, de cohésion et de justice sociale que l’Ecole se doit de faire vivre.

Parce qu’à plusieurs, on a plus de chance de faire entendre ses idées tant dans la société civile qu’au sein du monde politique, parce qu’à plusieurs on peut montrer et mettre en acte ces grands principes éducatifs pour tous, il est important de continuer à développer ses partenariats et à y faire entendre notre voix singulière.

C’est encore au travers du partage d’expériences et d’expérimentations sur le terrain, dans les écoles, les établissements scolaires que nous pourrons agir concrètement et efficacement pour la propagation de nos idéaux. Parce que nous sommes une association qui regroupe essentiellement des praticiens, nous devons promouvoir les expériences innovantes en les fédérant, les analysant, les partageant c’est-à-dire en les rendant visibles du plus grand nombre.

Et pour enrichir ces pratiques et leur partage, nous devons contribuer à un maillage plus étroit entre science de l’éducation et terrains, entre université et établissements des premier et second degrés. Nous avons besoin de mettre en place un réseau de professionnels réflexifs et innovants qui interrogent leurs pratiques, mettent en perspective leurs actions. C’est pourquoi je propose qu’E&D tisse des liens privilégiés avec des universitaires (IFE, sciences de l’Education, …) non seulement le temps d’un colloque ou d’un Cahier mais à moyen terme, le temps de projets ou d’actions en établissement. Claude Rebaud avait déjà initié cela, avec l’INRP, en son temps. A nous de retrouver dans la nouvelle génération d’universitaires cet accompagnement et cet éclairage.

C’est pourquoi aussi nous nous tournons et tournerons encore vers l’ailleurs qu’il soit belge, suisse ou canadien en particulier pour mettre en perspective nos pratiques, nos propositions à la lumière d’un éclairage international. Nos échanges avec l’université de Louvain, de Genève, ... sont toujours des plus précieux car ils nous questionnent différemment, nous permettent de nous décentrer et d’aborder les problématiques sous un jour autre.

De même, nous devons continuer par la qualité de nos publications à alimenter une réflexion de fonds sur l’Ecole et au travers de nos réflexions, à être force de propositions. Nos Cahiers sont reconnus par bon nombre de professionnels, de praticiens comme d’universitaires. Ils donnent un éclairage précis et expert sur des problématiques importantes qui traversent le monde scolaire. Ils questionnent des pratiques, exposent des idées et des convictions, NOS convictions.

C’est en effet notre militantisme qui est à mettre en relief, afin de nous permettre de redynamiser la réflexion des groupes de liaison et de propositions dans les académies. Il est important que localement, les adhérents d’E&D produisent une réflexion renouvelée, nourrie des concepts historiques de notre association tels que je viens de les rappeler. Il faut que, localement, nous arrivions, à nouveau, à mailler plus étroitement les territoires en développant les activités locales en réseau.

Notre association repose sur un ensemble d’idéaux et d’éthique où chacun, membre du Bureau, du Conseil d’Administration, simple membre, doit pouvoir retrouver cette communauté d’idées, l’exprimer et la faire partager. La gouvernance de notre association doit en permettre une plus large circulation. Il faut tout particulièrement qu’au sein de notre Conseil d’Administration, chacun y occupe une place singulière et contribue activement et concrètement à son rayonnement. Il en va de notre avenir.
Conclusion :

« La France de demain ne saurait introduire le catéchisme politique et le militantisme partisan à l’école, … mais elle devra trouver l’équilibre nécessaire entre la générosité de sa tradition culturelle et les nécessités vitales du monde moderne » écrivait Jean Zay dans sa prison. Plus avant, Jean Jaurès déclarait : "La République est sociale et laïque. Elle restera laïque si elle reste sociale..."

Eu égard au contexte politique actuel - les attentats odieux sur le sol français, la montée terrifiante du Front National aux élections régionales - nous, Éducation & Devenir, ne pouvons rester impassibles.

La République et ses valeurs, dont l’État Enseignant, sont attaquées dans leur fondement et dans leur sens. Plus que jamais nous nous devons, nous milieu associatif, profondément attaché à la notion de service public d’éducation, de nous lever pour défendre l’École publique, laïque et obligatoire. Tout jeune a droit à cette éducation républicaine sans ségrégation sociale et/ou culturelle, fondée sur la confiance et la bienveillance (confiance en l’éducabilité de tous, bienveillance pour l’accompagnement tout au long de ce cheminement vers l’adulte responsable et libre de ses choix). Et pour cela, ceux-là, nous rentrerons, s’il le faut, en résistance !

Françoise Sturbaut
Présidente E&D

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