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Pas de refondation possible sans collectif de travail ? - [Education et Devenir]
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Une contribution de Claude BAUDOIN, membre du Conseil d’Administration d’Education & Devenir, au sujet des Journées de la Refondation

Avec l’aimable autorisation de ToutEduc.

L’un des angles fort des journées de la refondation de l’école de la République, en atelier comme en plénière, a été de rendre visible le lien nécessaire entre une « refondation » du système de formation et la dimension collective du travail.

« Le collectif enseignant n’existe pas. »
Tout commença par une vigoureuse interpellation de l’historien Antoine Prost : « Je suis frappé par "le néant" de la délibération collective et du collectif dans l’établissement. Le collectif enseignant n’existe pas. Par exemple les professeurs ne se mettent pas d’accord sur le calendrier des contrôles dans l’année. Nous sommes dans un fonctionnement à la fois anarchique et totalitaire, anarchique parce que totalitaire et totalitaire parce qu’anarchique. Le mode de fonctionnement de l’Ecole n’est pas républicain. L’Ecole devrait être exemplaire, mais elle ne l’est pas. Il y a un primat du respect de l’élève d’où la priorité à l’organisation du travail des élèves. Mais cette organisation ne peut-être que collective. Les professeurs doivent se réunir et trouver des solutions. Il faut que les valeurs de la République imprègnent le collectif des enseignants, "que ça aille de soi" et que le mode de gouvernance organise du commun entre les professeurs. »

Travailler, enseigner, apprendre ensemble
L’atelier « Travailler, enseigner, apprendre ensemble » piloté par Ghislaine Desbuissons, IGEN, proposait quelques minutes plus tôt des exemples où étaient corrélés le collectif de travail des élèves et le collectif professionnel, ainsi que l’accompagnement et la formation des enseignants. Anne-Marie Sanchez, professeur de Mathématiques à Trappes, Marie-Astrid Chauviré Deweerdt, professeur d’histoire géographie à Créteil, exposaient leur cheminement vers des pédagogies de travail coopératif des élèves. Le « tsunami numérique » avait fait prendre conscience que « l’enseignement ne peut plus être une transmission descendante de connaissances ». Pédagogie de projet, problèmes ouverts, classes inversées, prise en compte d’élèves en décrochage, élèves solidaires davantage acteurs et contributeurs, le tout conduisant à des résultats scolaires supérieurs aux autres classes sans qu’aucun élève ne soit délaissé. Un professeur d’EPS ajoutait que dans sa discipline, le collectif de travail n’est pas une forme de travail, mais un contenu, comme en sports collectifs. Un professeur de philosophie s’interrogeait : quelles sont les instances pour permettre aux enseignants de travailler en équipe ? Un professeur de SVT parle des échanges de pratiques au sein des CRAP.
Pour Frédérique Hannequin, IA-IPR histoire géographie académie de Lyon, il y a « un changement de paradigme, d’écosystème, avec une relation où l’on restaure la confiance en la créativité des élèves et où ceux-ci sont partie prenante de la construction du savoir. Mais il faut sécuriser les professeurs. Leur place est tout aussi légitime mais s’est déplacée vers de nouvelles professionnalités. »
En plénière Daniel Filatre, recteur de l’académie de Versailles, insiste : « Enseigner est un métier qui s’apprend et il faut reconnaître que c’est un métier complexe, difficile et qui évolue. Pour cela il faut apprendre aux enseignants le principe absolu d’éducabilité et pour ce faire à travailler en équip,e ainsi qu’avec les autres partenaires, avec une compétence essentielle : s’intéresser constamment à la formation continue et à la recherche en éducation. »

En France et ailleurs
Précisément, Luc Ria, professeur Chaire UNESCO à l’Ifé, choisit l’angle comparatif : « En France, on est dans une culture de la critique, de la défiance, qui met tout le monde en défaut. D’où l’importance de créer des collectifs. Je suis sidéré par l’inertie et le conservatisme en France. Le projet d’éducabilité pour tous est généralement admis ailleurs, alors qu’en France une forme centrale pédagogique est très forte et les formes de travail émergentes encore limitées. En France on est en retard sur le co-travail, surtout dans le 2nd degré. » Il ajoute « Une nouvelle professionnalité s’impose. Un des grands enjeux de la refondation est de responsabiliser les enseignants. » Mais il se préoccupe tout autant du comment : « Il y a trop de situations où les co-interventions ne sont pas assez professionnalisées. Comment construire des situations confortables, robustes, pour faire reculer la dimension anxiogène et sécuriser les profs ? D’où l’importance de collectifs pour reprendre la main sur son travail, avec une culture d’établissement où les professeurs s’emparent de ces pratiques de manière intergénérationnelle. Mais il manque de lieu, d’espace-temps pour que les enseignants réfléchissent collectivement à leur travail. On est en retard sur beaucoup de pays. »

Encadrement, partenariat et médiation pour les collectifs de travail
En même temps il reconnaît que de nombreux personnels d’encadrement accompagnent les collectifs de travail, ce que confirme Frédérique Hannequin par les « regards croisés » sur les interactions au sein de l’établissement.
Sylvie Freyermuth se définit comme une principale heureuse, à Metz-Nancy en collège REP+ préfigurateur avec plus de 40 nationalités : « Pour mettre en œuvre le travail collectif : dédramatiser, rassurer, appui des corps d’inspection (IPR et IEN). L’autonomie des établissements n’est pas toujours bien comprise : il s’agit d’être au plus près des besoins des élèves. Les profs sont force de proposition. L’importance des instances : conseil pédagogique, conseils d’enseignement, conseil école-collège pour la mise en œuvre du cycle 3. S’appuyer sur des pratiques existantes et la formation inter-degrés. ».
D’autres augmentent la valeur des collectifs de travail par le partenariat avec les associations complémentaires de l’enseignement public, la mise en œuvre d’un plan de formation à l’échelle de l’établissement, la coéducation avec les parents qui semble maintenant admise ou, comme Jean-Marc Merriaux, directeur général de Canopé, la création d’un média scolaire dans chaque établissement qui permette un travail collectif et donne une dimension pratique aux valeurs de la République.

Aujourd’hui c’est plus difficile de comprendre le destin commun
Si Manuel Valls, Premier ministre, rappelait dans son discours de clôture qu’aucun problème ne peut trouver de solution sans être abordé collectivement, Eric Favey, Inspecteur général, membre du Conseil supérieur des programmes, précisait peu avant qu’il s’agit d’ « inverser un modèle qui a 2 ou 300 ans », que c’est « une question culturelle », et que si « la laïcité permet de combiner la diversité des composantes et ce qui nous lie dans un destin commun », « aujourd’hui c’est plus difficile de comprendre le destin commun ».
Sans doute une ultime justification d’une refondation appuyée sur des collectifs de travail.

Claude Baudoin

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