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Quelle Ecole pour lutter contre les inégalités sociales et culturelles ? - [Education et Devenir]
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Intervention de Jean-Yves LANGANAYEducation & Devenir

 

Je voudrais d’abord remercier la FCPE d’inviter E&D à ce colloque dont le thème et le programme des tables rondes rejoignent fortement nos préoccupations et témoignent de notre engagement commun et permanent de travailler ensemble.

Je vais tenter dans cette brève présentation de relier les points prévus par le thème général et celui de cette table ronde :

  • quelle Ecole pour lutter contre les inégalités sociales et culturelles ? 
  • quels objectifs, quel projet ?


- lutter contre l’échec scolaire ou lutter contre la violence ?

  • privilégier l’individualisation ou les logiques de territoire ?


Lutter contre les inégalités sociales et culturelles doit, selon nous, particulièrement dans le contexte actuel, être la priorité n°1 de l’Ecole républicaine. Cela passe par une définition claire des objectifs et la présentation de projets ambitieux et crédibles à nos concitoyens. C’est pourquoi nous avons décidé d’adresser un ensemble de propositions aux politiques.

Pour en venir au thème de la table ronde, il me semble nécessaire de lier les quatre approches suggérées. Donc trois points :

  • lutter contre l’échec scolaire, c’est aussi lutter contre la violence scolaire.
  •  L’individualisation est un risque, la différenciation une chance.
  •  La réflexion sur les territoires est une condition nécessaire à la réussite de l’école.


Point 1 : Lutter contre la violence scolaire passe par la lutte contre l’échec scolaire

Ancien IA IPR Etablissements et vie scolaire, je suis très perplexe face à la récurrence cyclique du thème de la violence scolaire : combien de plans ministériels de lutte contre la violence scolaire depuis une trentaine d’années ? Combien d’emballements médiatiques vite remplacés par d’autres sujets ? Combien de circulaires redondantes pour répondre aux incidents et drames particuliers ? En un mot : un incident, une circulaire et on recommence !

A mon sens, il importe de faire preuve de méthode :

1. S’entendre sur les termes


 

Le thème de la « violence scolaire » joue de l’émotion légitime provoquée par les actes les plus violents et les plus graves. Notre responsabilité est d’agir au-delà de l’émotion.

 

Il y a toujours eu des bagarres dans les cours d’écoles. Ces manifestations d’opposition participent à la construction de la personnalité des enfants et adolescents. Ce qui choque, aujourd’hui c’est leur caractère de plus en plus violent dans quelques rares situations extrêmes. Mais en même temps le seuil de tolérance est très variable d’un lieu à l’autre.

 

Il faut donc veiller à la bonne qualification du phénomène et se garder des effets d’amalgame. Bien des formes de délinquance (racket, trafics de stupéfiants, agressions sexuelles, etc.) n’ont pas pour théâtre premier l’enceinte des établissements scolaires.

 

Les termes de « violence scolaire » doivent donc se limiter aux faits ayant pour lieu l’établissement scolaire ce qui ne le conduit pas pour autant à se désintéresser de ce qui se passe à l’extérieur.

La saine réaction est donc bien : « ni dramatiser, ni banaliser »

 

  1. Mesurer le phénomène


L’appétit de chiffres sur la violence scolaire est suspect et participe trop souvent de la dramatisation du phénomène.

D’où l’utilité d’outils fiables de mesure. Les expériences menées ces dernières années ont obtenu des résultats contrastés (Cf JC Emin). Ils ne peuvent donner de bons résultats qu’à condition de réunir trois conditions :

  • La possibilité de définitions claires, précises et communes ;
  • La confiance accordée par les acteurs de terrain à ces outils
  • Les retours qu’ils peuvent en espérer

 

3. La prévention de la violence, mission « ordinaire » de l’École


 

Par ses fonctions même l’Ecole est le premier lieu de prévention de la violence. Quelques conditions simples peuvent le permettre :

 

  • des programmes d’enseignement s’appuyant sur les valeurs de la République que sont le respect, la tolérance, l’ouverture aux autres et la solidarité.
  • des pratiques d’enseignement qui équilibrent respect de l’adulte (dont l’autorité et la légitimité s’exercent par la maîtrise des savoirs et le professionnalisme) et l’organisation du droit à la parole des élèves. Pierre Merle a bien montré que la violence scolaire, c’est aussi la violence de l’institution à l’égard des élèves. Sans démagogie, il faut en tenir compte. La relation maître – élève est certes dissymétrique, mais pas le nécessaire respect mutuel.


 

(parenthèse : au cours d’une soirée AFAE/ED mercredi soir à Lyon il a été souligné le lien entre l’attention portée à l’évaluation des enseignants quand elle est intelligemment menée- l’actualité ne me rend pas très optimiste - et les effets retours positifs sur l’évaluation des élèves )

 

La démonstration a été faite que les établissements qui jouent le mieux leur rôle dans la prévention de la violence sont ceux où l’on a mené à son terme le travail d’accord collectif sur les règles, ceux où les adultes manifestent le plus nettement cohésion et solidarité dans l’attitude éducative.

 

J’ai en mémoire deux situations contrastées qui illustrent bien cette nécessité, à population scolaire défavorisée comparable :

  • Un collège de Vaulx en Velin où le conflit entre enseignants et Administration, alimenté par Sud et la CNT, s’inspirait de la lutte de classes. Mais du côté des élèves la tension et l’électricité dans l’air étaient palpables dès l’entrée.
  • Un collège des Minguettes à Vénissieux où la priorité n°1 du projet d’établissement portait sur les règles collectives et dont le conseil de vie collégienne était une pièce maîtresse. J’ai été impressionné par la politesse et la courtoisie des élèves.


 

Les règlements intérieurs mis en place en juillet 2000 ont permis de clarifier l’articulation entre droit commun et règles spécifiques aux établissements scolaires. Je déplore que les textes les plus récents marquent un recul par rapport à ce travail qui appelait un autre soutien de l’institution.

Exemple : la charte de civilité des collégiens pourrait constituer un bon travail local d’appropriation, ça frôle le dérisoire quand c’est écrit rue de Grenelle ! Que de l’interdit, que du normatif !

 

Depuis quelques années, des enseignements nouveaux se sont mis en place et favorisent soit une meilleure connaissance des règles de vie en société soit les conditions d’un travail scolaire associant mieux les élèves à la construction de savoirs (qui ne sont pas des savoirs constitués) : on pourrait citer l’éducation civique, juridique et sociale, les travaux personnels encadrés, les parcours pluridisciplinaires à caractère professionnel ou les itinéraires de découverte. A travers ces nouveaux dispositifs pédagogiques, la vie en société et l’organisation du droit à la parole trouvent leur juste place.

 

Toutes ces formes d’expression organisée sont en elles-mêmes préventives de formes d’expression plus violentes.

Point 2 : l’individualisation est un risque, la différenciation une chance.

 

Les mots nous piègent. La droite aujourd’hui se fait le chantre de l’individualisation pédagogique. Il faut voir ce que cela cache. En opposant individu et territoire, le risque est grand d’opposer individu et collectif dans une vision inspirée par le néo libéralisme ou chacun est responsable de ses succès et de ses échecs. Au-delà de la séduction de l’idée légitime d’accorder une attention égale à chaque élève qui nous est confié il y a aussi l’abandon du collectif.

 

Effectivement, faire croire que le seul mode d’action pédagogique efficace est la tentative de transmettre des savoirs magistraux d’un maître à une classe réputée homogène pose aujourd’hui de sérieux problèmes. Transmettre ne suffit pas à créer les conditions d’apprendre et comprendre.

C’est une manière d’enseigner, ni la seule, ni la meilleure. On pourrait appeler cela, l’indistinction.

Les origines de ce système sont connues : elles correspondent à un système de promotion des élites piloté par le baccalauréat et les classes préparatoires (la mal nommée méritocratie républicaine) et aboutissent aujourd’hui à un échec scolaire insupportable pour ceux qui sont mis de côté. C’est le collège conçu comme un petit lycée et le secondaire long comme modèle structurant. Un de mes amis appelait cela la distillation fractionnée. L’image me parait cruellement juste.

C’est un peu le mythe de l’égalité des chances : inégaux sur la ligne de départ, seuls les meilleurs l’emportent.

 

A individualisation ou indistinction, je préfère personnalisation et encore plus différenciation.

 

C’est une des raisons pour lesquelles nous nous prononçons nettement en faveur d’une école fondamentale ( ce sera le thème de notre colloque en janvier) instituant la continuité pédagogique tout au long de l’école obligatoire, avec un socle commun rénové , des programmes qui en tiennent compte et d’autres modes d’évaluation que la notation – classement sélective.

 

C’est dans ce cadre que la personnalisation des parcours peut prendre tout son sens.

 

Plutôt qu’individualisation, parlons différenciation. Je cite un extrait de la conclusion de Françoise CLERC du dernier cahier d’Éducation & Devenir sur la responsabilisation des élèves (on y trouve également une forte contribution de Jean-Pierre OBIN) :

 

« La différenciation pédagogique reste à ce jour la meilleure voie pour assurer un traitement équitable des apprenants face à l‘apprentissage. Différencier la pédagogie ne résulte ni d’une vague tentation néo libérale – d’une vision de l’individu en tant qu’entrepreneur de lui-même - ni d’un quelconque communautarisme qui encouragerait les minorités culturelles à se refermer sur elles-mêmes et à faire sécession.

 

Elle change radicalement l’approche de l’apprentissage en considérant que la construction du savoir et l’éducation sont le fruit d’une construction sociale, d’un système d’interactions complexes qui permettent à l’enfant « d’entrer dans la culture ». Née en même temps que la sociologie critique, elle cherche une voie originale entre l’exigence d’égalité et le droit à la différence , d’une part en optimisant l’organisation des situations d’apprentissage et d’autre part, en organisant les études de telle façon que tous les enfants disposent des ressources nécessaires pour progresser.

 

 Elle est un engagement en faveur des jeunes dont les pratiques culturelles ne sont pas proches de celles que l’école valorise. Différencier la pédagogie, c’est se reconnaître responsable à la fois de la transmission des divers patrimoines culturels que chaque nation véhicule et de l’innovation nécessaire à l’évolution des sociétés. C’est s’engager dans la reconnaissance critique des cultures et dans une confrontation aux valeurs fondamentales que sont le respect, la solidarité, la coopération et... la responsabilité ».

 

 

Point 3 : la réflexion sur les territoires est une condition nécessaire à la réussite de l’école 

Localement les établissements doivent être mis en réseaux afin d’assurer un meilleur suivi des parcours des élèves, c’est une responsabilité collective. D’assurer un échange de service entre les écoles et les collèges et un meilleur maillage des territoires afin de préserver la mixité sociale. C’est la question de la carte scolaire dont on connaît les conséquences socialement catastrophiques de l’abandon. Jean-Pierre Obin a été très clair sur ce sujet. Je vous recommande son « Que sais-je ?)

Cette notion de réseaux conduit à donner un autre sens à l’autonomie collective des établissements que certains voudraient confondre avec l’autonomie des chefs d’établissements. Autonomie solidaire dans le cadre d’un bassin d’éducation et de formation mais aussi d’un réseau d’éducation prioritaire. En matière d’éducation prioritaire, l’idéologie l’a emporté sur la solidarité. Un bilan et des ajustements étaient sans doute nécessaires. Le dispositif Éclair a toutes les apparences et la réalité d’une régression en agitant un chiffon rouge devant les enseignants.

Bien entendu, cette notion de territoire ne prend sens qu’en synergie avec les acteurs de l’école :

  • Il faut mettre de la cohérence dans l’empilement des dispositifs de plus en plus périphériques et peu lisibles pour les familles d’accompagnement scolaire et d’accompagnement éducatif.
  • Il faut reconnaître le rôle essentiel des collectivités territoriales, pas seulement dans le bâti, mais aussi dans l’éducatif, ce qui appelle sans doute une nouvelle étape de décentralisation.
  • Il faut créer les conditions du travailler ensemble pour les parents, les enseignants, les élus et les acteurs de l’éducation populaire. C’est un peu le projet de « maison des savoirs et de la Formation » porté par la Ligue de l’enseignement. En effet, L’École ne saurait constituer un monde à part.


Elle doit accompagner les personnes tout au long de la vie et mettre à disposition des territoires leurs ressources culturelles. Les établissements doivent être pensés comme des « Maisons des Savoirs et de la Formation », ouvertes à tous dans une perspective de démocratisation de l’accès à la connaissance.

Vaste programme, mais l’École le vaut bien !

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