La question de l’autonomie des établissements
lundi 23 février 2009 par Martinez Pascal
L’autonomie est une indépendance relative, une liberté partielle de décisions, encadrée par la loi et accordée à un type d’établissement - ici le lycée- au sein de l’institution. L’autonomie de l’établissement lui permet donc de réaliser les missions que lui assigne l’Education Nationale en prenant en compte l’ensemble de ses spécificités, internes ou externes.
La loi qui décrit les marges de manœuvre dont dispose le lycée est le décret du 30 août 85 modifié. Pour chacune des évolutions du lycée, il faudra donc nous poser la question : le décret du 30 août donne-t-il aux lycées les prérogatives nécessaires à sa mise en œuvre ? Si non quelles modifications proposer ?
En deuxième lieu, il faut réaffirmer que l’autonomie des établissements étant au service de la réalisation des missions du système éducatif, elle implique la complémentarité entre les établissements. L’autonomie qui aboutirait à une mise en concurrence constituerait une dérive. Il faut donc nous poser la question : comment construire la complémentarité entre lycées voisins et éviter tout risque de mise en concurrence ? Troisièmement, on ne peut pas parler d’autonomie sans parler de pilotage : un établissement scolaire est autonome s’il est capable à la fois de suivre la direction fixée par la loi et de s’adapter localement à une réalité complexe. On ne peut pas confier à une seule personne le pilotage d’une embarcation aussi complexe. L’autonomie n’est pas compatible avec la gouvernance par le seul chef d’établissement. Elle implique un travail d’équipe, une définition des rôles et des missions de chacun. La troisième question qui se pose est donc la suivante : comment peut-on construire un véritable pilotage partagé dans un établissement pour que celui-ci réponde à l’ensemble des missions qui lui sont confiées ?
Il va falloir adapter les modes gouvernance des futurs lycées à l’ensemble des décisions qui seront arrêtées. Nous ne les connaissons pas. Nos propositions ne pourront donc pas aujourd’hui être aussi précises qu’elles le seront lorsque nous connaîtrons l’architecture définitivement arrêtée.
Nous prenons cependant l’hypothèse sommaire d’un lycée organisé en partie sur la base d’enseignements modulaires, où les parcours seront plus individualisés, les passerelles entre les différents ordres d’enseignement plus nombreuses, où l’accompagnement concernera tous les élèves et sera pris en charge par les enseignants eux-mêmes.
Compte-tenu de tous ces préalables, pour que l’autonomie soit prise au sens où nous l’avons définie et qu’elle serve la réussite de tous les lycéens nos propositions doivent concerner trois domaines qui se recoupent :le rôle des acteurs, leur accompagnement et la régulation à l’intérieur de l’établissement et à l’externe.
1ère proposition : le nouveau lycée ne pourra pas réaliser l’ensemble de ses missions si l’on ne redéfinit pas les différents métiers dans l’établissement. Les enseignants, qui sont les plus nombreux et dont le rôle est primordial doivent, par exemple , dans le cadre de leur service, prendre en charge l’accompagnement de leurs élèves, en partie sous forme de tutorat ; ils doivent aussi pouvoir, toujours dans le cadre de leur service, travailler en équipe et participer au pilotage de l’établissementgrâce à une définition des rôles et des missions. Le service peut être partiellement annualisé, pour être mieux adapté à l’organisation modulaire, dans des limites fixées par la loi (horaire hebdomadaire minimal et maximal).
2ème proposition : la réforme du lycée est suivie par les rectorats qui mettent en place un plan d’accompagnement de tous les acteurs .Les forces académiques (inspection, organismes de formation) sont mobilisées dans cette perspective sur une durée de plusieurs années. L’accompagnement des élèves et la modularisation constituent des axes forts du plan d’accompagnement des acteurs.
3ème proposition : les lycées sont regroupés en réseaux : chaque réseau propose à l’autorité académique les offres de formation de chacun des établissements membre du réseau. Chaque réseau participe aussi à la conception et à la mise en œuvre du plan de ‘accompagnement académique. Les représentants des enseignants participent au travail des réseaux.
4ème proposition : le projet d’établissement et le bilan annuel sont des outils de pilotage et de régulation obligatoires au service de la réforme : ils ont un usage interne et externe auprès de la tutelle ; ils servent de base à la contractualisation systématique entre chaque lycée et l’académie. Ils sont un outil de dialogue avec la collectivité territoriale. Ils traitent nécessairement des sujets suivants (liste non exhaustive) : lettres de missions des personnels, définition des rôles, organisation des enseignements (modules…), organisation et contenu de l’accompagnement…
5ème proposition : est-il nécessaire de le répéter : le temps des politiques n’est pas celui de l’école.Un calendrier de la réforme s’impose qui permette à tous les acteurs de comprendre leurs rôles et de se l’approprier. On n’a jamais fait évoluer un système sur la seule base d’injections venues d’en haut.
Claude Rebaud
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