Éducation et devenir

Enjeux éducatifs actuels : pour un pilotage fort des établissements

Par Gérard Servant

mardi 2 juin 2009 par webmistress

La situation actuelle qui pointe les « crises » tant dans le domaine économique que sociétal, politique, éducatif nous oblige à revisiter différents domaines, du plus simple au plus complexe.

En effet, nous devrons affronter, dans les années à venir, de nombreux défis et un des défis majeurs, pour nous militants, sera de maintenir la mission du service public d’éducation dans sa visée nationale.

Cela nous demandera d’agir, au niveau de l’établissement dans un contexte évolutif, de responsabilisation accrue, et, en renforçant l’autonomie de fonctionnement indispensable. Cette autonomie, associée à une liberté d’action, fruit d’une réflexion collective de la communauté éducative, sera le gage d’une traduction citoyenne des objectifs assignés actuellement aux textes ministériels depuis des années.

Autonomie et responsabilisation.

Autonomie à travers la responsabilisation. Une responsabilisation accrue pour développer l’autonomie. Une interaction entre ces deux concepts, autonomie et responsabilisation, pour évoluer et s’offrir des marges de changements. Voilà quelques uns des axes qu’il faudra bien s’approprier dans la période actuelle, et, qui devraient nous interroger profondément, pour traduire en actes, cette réflexion, et, la décliner dans « une démarche politique ».

Quelles en sont, ou quelles pourraient en être les traductions possibles dans le quotidien de notre fonctionnement ?

Le bassin de formation

D’ores et déjà, il apparaît incontournable de développer et de maintenir l’analyse de proximité par la politique de bassin géographique ; c’est à dire de faciliter le maillage éducatif à tous les niveaux de responsabilisation des structures et de procéder à une représentativité qui prenne en compte la spécificité locale. Bien entendu, ce type de démarche doit être acté dans la transparence, l’équité et les compétences effectives des acteurs. Mais avec quels objectifs ?

Si cette approche se révèle indispensable, il nous faut néanmoins en rappeler les principaux axes. En effet, dans tous les cas de figure, la politique de bassin ne doit pas se substituer à la politique propre à l’établissement. Le bassin trouve sa nécessité dans son rôle de confrontation nécessaire entre tous les acteurs, de réflexion globale dans une approche d’offres de formations ou d’orientation, dans un développement ou une entraide sur des interrogations communes afin de mutualiser des connaissances. Mais aussi d’impulsion parfois justifiée par une demande forte et précise tant au niveau de l’institution que des partenaires du tissu éducatif, associatif et de développement, pour prendre en compte la réalité géographique et économique.

C’est à partir d’une telle démarche qu’il nous faudra ainsi établir, accroître les partenariats avec le monde de l’entreprise et faciliter les liaisons entre les besoins en termes d’offres d’emplois et les besoins en termes de formation.

Cette approche ne devrait, en aucun cas, occulter la phase d’anticipation de développement, de projets pour faire face, non seulement, au marché de l’emploi mais prévenir également l’évolution et la concurrence dans un contexte de mondialisation grandissant. Ce contexte ayant des répercussions fortes sur l’approche stratégique de nos offres de formation et de nos choix d’implantations industrielles par rapport aux coûts de la main d’œuvre, aux coûts des produits finis bref, par rapport à l’approche concurrentielle actuelle et qui le sera de plus en plus.

Que nous soyons d’accord ou non, ces constats sont à prendre en compte et ne peuvent en aucun cas être dissociés de toutes réflexions présentes et à venir.

Cette politique de bassin, si elle doit impulser une politique d’établissement, ne doit à aucun moment se faire au détriment de l’autonomie indispensable et impérieuse de l’établissement avec les garanties essentielles de la mission publique.

Pourquoi ? La réalité nous montre, de plus en plus, que c’est à partir du terrain que l’action est possible. Bien évidemment, elle ne doit pas se résumer à cette seule dimension mais elle ne peut en faire l’impasse

Si l’analyse systémique, et l’approche globale nous permettent d’avoir une réflexion cohérente, continue, rigoureuse, il n’en n’est pas moins vrai, qu’à chaque stade de cette réflexion, il nous absolument privilégier « l’individu », l’être humain. Il n’est pas envisageable d’imaginer le progrès sans le respect de la personne, sa reconnaissance à tous les échelons, quelle que soit sa fonction, sans la prise en compte d’un humanisme qui doit nous obliger à replacer constamment « l’humain au cÅ“ur de l’humain », l’humain au cÅ“ur du système. Le système peut générer des comportements individuels, mais réciproquement, ce sont les comportements individuels qui peuvent orienter, dynamiser le système.

Autonomie disais-je ?

En effet, à la tête de toute structure éducative, il s’avère prioritaire de placer des cadres formés, volontaires, « passionnés », en dehors de toute démarche de promotion professionnelle et essentiellement promotionnelle, comme on peut le voir malheureusement, sans tenir compte des obligations que les nominations peuvent générer, pour assurer un pilotage pédagogique fort et ambitieux. En cela, la prise en compte de la réalité et de la spécificité propre de l’établissement, dans le cadre de son autonomie, permettra et/ou permettrait la mise en place réelle du projet « politique » de l’établissement public local d’enseignement.

Une grande partie des difficultés actuelles, a, pour origine, me semble-t-il, le manque réel de liaison des différentes structures et de leurs représentants. S’il s’avère que les projets font nécessité, il n’en demeure pas moins que ces projets ne s’inscrivent pas véritablement dans une approche plus globale de projet prenant en compte la réalité immédiate. Sommes-nous certains que les projets de l’école, du collège, du lycée soient en adéquation dans un même secteur géographique ? S’il devrait l’être, le doute reste, néanmoins permis.Pour dépasser ce doute, il faudrait agir sur le pilotage du premier degré, et, c’est au chef d’établissement d’avoir les moyens de provoquer cette approche, et, de permettre de dégager les fonctionnements possibles tels que les liaisons, les échanges dans une souplesse maîtrisée des véritables responsables.

Est- ce véritablement le cas en ce moment ? Une des priorités serait donc, de réorganiser le premier degré, et, de regrouper les écoles autour d’un « chef » des établissements pour permettre de s’inscrire dans ce pilotage fort, nécessaire….et vital !Tous projets élaborés au niveau de l’école, du collège, du lycée doivent se finaliser dans la réflexion propre, affinée, globale du secteur dans lequel se trouvent ces structures. Bien entendu, en conformité avec le plan académique qui, lui- même, est le résultat des directives nationales. Cette « appropriation » dans une dynamique sans cesse accrue de responsabilisation n’est pas des plus évidentes, et, nous constatons certains dysfonctionnements pour ne pas dire des dysfonctionnements certains !

En quoi le rôle du chef d’établissement s’avère-t-il prépondérant ?

Les enjeux sont tels, aujourd’hui, que la tâche de pilotage dans tous les domaines n’est plus à remettre en question. La confirmation se vérifie constamment au fil du déroulement d’une journée.

Un pilotage fort, très fort autour de l’approche pédagogique est essentiel. Il ne saurait en être autrement si nous voulons développer de la cohérence, instaurer de la rigueur, renforcer la crédibilité en interne comme en externe. Un pilotage fort pour asseoir notre légitimité naturelle auprès des personnels enseignants, pour agir sur la mission de l’inspecteur du premier degré dont son rôle et son fonctionnement dans l’équipe de circonscription méritera également une réflexion particulière ; réflexion menée par ailleurs, mais, pas toujours prise en compte quand des avancées potentielles sont possibles et qui dépendent bien souvent du « courage politique » ! Ce pilotage fort pose en lui-même les questions et les conditions de l’inspection des personnels du second degré, d’une autre approche de leur inspection, d’une autre définition de l’inspection avec les différents corps d’inspection. En effet, l’inspection prenant en compte l’approche didactique, l’investissement pédagogique dans le second degré, devrait revêtir une autre forme, et, véritablement synthétiser les deux regards ; celui de l’inspecteur et celui du chef d’établissement. Un des regards à modifier assez rapidement se situant, à mon avis, dans ce qu’on appelle « la notation administrative » et qui n’est plus adaptée aux enjeux et à la réalité actuels.

Cette approche nous obligera, à un moment donné, à revoir également, la situation des personnels de la vie scolaire, et, plus particulièrement, celle des conseillers principaux d’éducation, qui, bizarrement, sont sur des bases horaires hebdomadaires inconciliables avec les besoins immédiats et à long terme.

En quoi, cela a-t-il été un « plus » pour la vie de la structure ?

Si cela a été, effectivement, un bien où en sont les limites ?

Quels sont les axes de progrès à faire émerger et à traduire ?

Est-ce une évolution que nous devons adapter à tous les personnels ?

Ne devons-nous pas justement en profiter pour revoir « les leviers » possibles sur lesquels il nous faut agir pour développer et renforcer l’efficacité des établissements ?

Efficacité au nom de l’élève. Efficacité au nom d’une gestion responsable. Efficacité, efficience…car au-delà des mots, il y a une préoccupation qui nous est commune, c’est celle de la réussite des élèves qui nous sont confiés. Cette réussite se traduisant de manière bien différente pour répondre aux aspirations légitimes de ces élèves qui sont différents de l’un à l’autre. Cette différence s’inscrivant, aussi, dans la nécessaire approche pédagogique individualisée du groupe hétérogène. Voilà, pourquoi « autonomie », « responsabilisation », « projection », « souci de la rigueur et de l’efficacité », « prise en compte du contexte », « gestion des ressources humaines »â€¦.doivent constituer des éléments constants de la réflexion qui doit précéder la mise en place d’actions qui s’avèrent urgentes dans certains domaines.

Il est évident qu’un grand nombre de points évoqués n’ont pas la « prétention » d’imposer une réflexion et demande , de ma part, un développement que je ferais ultérieurement, et un échange croisé dans la perspective du débat qui génère en lui-même, les principes de l’ »altérité collective » propice aux avancées.

Ne pas anticiper et confronter les diverses approches pour les traduire dans un véritable projet actualisé serait « suicidaire » dans ce contexte et dangereux dans cette évolution que nous subirions au lieu de l’accompagner et de la prévenir.

Gérard Servant Personnel de direction dans l’Académie d’Aix-marseille Docteur en sciences de l’Education


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